Les attitudes que nous adoptons face au mouvement peuvent varier. Si, d’un côté, nous pouvons ne pas apercevoir un mouvement, nous pouvons aussi choisir de l’ignorer. Nous pouvons nous laisser entraîner par un mouvement puis attendre avec soulagement qu’enfin il cesse. Il existe dans la physique plusieurs types de mouvement tels que les mouvements brownien, mécanique, variable ou réactif, le mouvement de la chaleur ou le mouvement invariable. Il est possible de transposer et appliquer à l’art une partie de tous ces mouvements. En fait, dans son expression classique, l’art visuel est statique et c’est l’imagination du spectateur qui y génère le mouvement.

Déjà, Maurice Merleau-Ponty dans son ouvrage « L’œil et l’esprit » évoque comment la science manipule les choses et à quel point celle-ci est sensible aux modes intellectuelles. Henri Bergson s’est penché sur une nouvelle métaphysique qui nous intéresse car il considère que la séparation cartésienne entre res extensae et res intensae n’est pas assez perspicace et empêche d’appréhender la dynamique de la matière et du mouvement. Merleau-Ponty explique au sujet de l’art visuel : « Essence et existence, imaginaire et réel, visible et invisible, la peinture brouille toutes nos catégories en déployant son univers onirique d’essences charnelles, de ressemblances efficaces, de significations muettes ».

Dans l’exposition internationale « Entrée en mouvement », trois artistes lettons Ansis Rozentāls, Reinis Bērziņš et Jānis Noviks et un artiste français Silvère Jarrosson invitent le public, par des moyens d’expression visuels, à entrer en mouvement. C’est notre esprit qui anime ce mouvement – qu’il soit constant ou non – de manière directe ou indirecte par l’intermédiaire de notre vision. Les œuvres que les artistes ont créées pour cette exposition ont pour objectif de faire participer le public au mouvement. Ainsi, le zootrope, objet habituellement mobile, est présenté dans l’exposition comme quelque chose de statique et seul le spectateur peut lui donner de la mobilité. Indépendamment de l’interaction spectateur/œuvre, la peinture génère elle-même les directions de son mouvement. Par contre, l’eau et l’air, dans leurs expressions métaphysiques, sont en eux-mêmes autonomes. A contrario, il est possible de connaître la décharge et la destruction d’un son et d’une forme dans un espace donné grâce à un mouvement kinétique, en créant entretemps un récit rétrospectif. L’observation visuelle des catégories physiques variables est possible par l’intermédiaire de la perception des sons dans l’environnement qui prend lui-même la forme d’un mouvement suite à cette visualisation.

Donc, l’entrée en mouvement est construite et déconstruite, au sens propre de ces mots, avec l’aide de l’art, permettant ainsi de manipuler le sens des oeuvres, en révélant leur concept et leur structure. Toutefois, cela ne permet pas aux spectateurs de connaître pleinement leur essence artistique mais seulement de devenir une partie du mouvement présent dans ces oeuvres. Si ce dernier est perçu par notre vision, c’est par notre cerveau et notre esprit que nous pouvons le comprendre. Cette perception nous permet de prendre conscience que toute théorie sur l’art visuel et son expression sont métaphysiques.

p

Uldis Petersons (chercheur en histoire de l’art) – 2018