p

p

Mes recherches actuelles s’attachent à intégrer et utiliser le rythme dans la gestuelle du peintre, afin d’en faire un danseur à part entière. Si le tempo n’est pas nécessairement visible dans l’espace intemporel de la toile, les formes engendrées par mes mouvements en sont les manifestations fossiles. J’ai recours à de puissantes projections de peinture pour superposer et entremêler différentes couches liquides. Une ligne de peinture se glisse sous une autre et suffit au surgissement de quelque chose au milieu de rien.

« Et soudain dans ce nulle part laborieux,
le lieu indicible se jette dans la vacuité du trop. »
Rainer Maria Rilke

p

La mécanique des fluides varie en fonction du rythme qu’on lui impose. Jusqu’à un certain point de tension, la peinture résiste et s’étire. Au-delà elle se brise et s’enfouit sous une autre. De cette subduction picturale nait une frange, qui s’interpose et parfois se déchire au milieu du vide.
Comme un trou noir, l’espace de ma toile se plisse et se creuse. Il devient troublant.
Comment animer la peinture sans pour autant la contraindre dans son évolution ? En la faisant couler, s’étirer ou s’éclabousser, j’initie la naissance de phénomènes et souhaite immerger le public dans les manifestations de son développement.
« Les toiles abstraites mettent en évidence une méthode : ne pas avoir de sujet, ne pas calculer mais développer, faire naitre » -
Gerard Richter

p

Livrée à elle-même, la matière témoigne avec authenticité : voila ce qu’est la peinture, voila comment elle bouge et réagit lorsqu’un phénomène l’anime. De quoi nous parle-t-elle ? De rien de plus, peut-être, que de la peinture elle-même. Mon œuvre  n’est pas la représentation abstraite de quelque chose de matériel, d’un sentiment ou de quoi que ce soit de connu. Elle ne fait référence à rien d’identifiable. À peine évoque-t-elle. Elle parle plutôt d’un ailleurs. Et sollicite de la part du spectateur un acte de création d’un monde qui n’existe pas.
Silvère Jarrosson (2017)
p
p
p

Mes années de danse à l’Opéra de Paris vivent aujourd’hui un renouveau à travers mes toiles. Par une approche qui peut s’apparenter à celle de l’action-painting, je cherche à insuffler un mouvement à la peinture. Fondamentalement, ma démarche est restée la même, qu’elle soit dansée ou peinte.

Convaincu des nombreuses synergies existantes entre la Science et les Arts, je mène volontairement de front des projets de recherche en biologie et un parcours d’artiste peintre. L’ensemble de ces travaux m’amène à considérer la frontière entre la vie et l’inertie comme fine et poreuse, encore peu explorée mais à fort potentiel expressif.

Je crois à l’apparition spontanée, dans un environnement ou sur une toile, de formes esthétiques et évocatrices, et cherche à produire ce phénomène. L’acrylique, diversement fluidifiée et mise en mouvement, peut adopter des attitudes proches de celles des tissus organiques ou géologiques.

À sa façon, l’art pourrait-il apporter une forme de réponse à l’énigme de l’apparition de la vie sur Terre ?

Mon travail propose une exploration de ce processus de naissance et une recherche sur la façon dont la matière (ici picturale) peut être encline à s’animer dans des attitudes évocatrices. En ce qu’elle est une manifestation spontanée d’une énergie intime, la danse peut se faire l’écho des mouvements qu’engendre la vie. En dansant, je vois réapparaitre la vie dans chacune de mes toiles. Il existe un lien entre danse et biologie, entre mouvement dansé et mouvement physiologique, que des artistes, Wayne McGregor peut-être le premier, expriment en chorégraphie. Je voudrais l’exprimer en peinture. 

Silvère Jarrosson (2015)

 

 

Mon travail pictural se veut une représentation du monde dans sa globalité, sous différentes formes et à différentes échelles (aussi bien microscopiques que célestes). Le monde bouge de façon hasardeuse et désordonnée, ce qui lui confère sa beauté et son éloquence à mes yeux. Sa manière de se façonner et de se mouvoir est irrégulière et imprévisible, donc évocatrice.

Je recherche les possibilités expressives de l’acrylique mise en mouvement sur un support plan (toiles montées sur châssis). Les processus mis en action sur ma toile sont une reproduction sous une autre forme de ceux que l’univers met en œuvre par ses mouvements : rotation des étoiles et des planètes, formation du lit des rivières, érosion des montagnes, déferlement des vagues, souffle du vent, croissances des cellules vivantes, etc. Ma méthode se rapproche de l’’action painting’, et notamment du ‘dripping pollockien’. Elle est donc un hommage à l’aléa du mouvement spontané et à ce qu’il engendre. Je soumets l’acrylique aux forces désordonnées qui agitent le monde, le construisent et le déconstruisent. Chacun est invité à reconnaître dans mon travail le monde qui l’entoure.

En tant qu’ancien danseur, je vois l’intérêt du mouvement dansé dans son expressivité, et en particulier dans des nuances qui en forment la richesse et lui donnent son caractère vivant. Mes compositions actuelles explorent le potentiel expressif des mouvements formés par les mélanges de couleurs, les courbes et les inflexions, les coulures et les torsions, les glissements et les étalements. Par un indispensable contact physique avec la peinture, elles acquièrent un caractère organique dicté par l’anatomie humaine, le désir et la spontanéité physique. En plaçant l’impulsion au centre, mon travail devient « libidinal » et « sensationnel », dans le sens où l’entendait Jean François Lyotard.

Si le concept est primordial, l’esthétique reste première. Je jongle entre ses formes artificielles et naturelles, laissant le beau poindre des aléas tout en calculant un plaisir rétinien, une « jouissance picturale » théorisée par la neurologie et explorée par l’art optique. La démarche artistique se situe à la limite du hasard et du savant calcul.

Silvère Jarrosson (2013)

 

Retour