Expoart-Silvere

L’œuvre artistique de Silvère Jarrosson a pour but de décrire le monde sous des formes diverses et à différentes échelles (l’univers, le ciel et les constellations par exemple). Le monde se meut sur le mode de l’accidentel et du désordonné, ce qui lui confère sa beauté et sa force expressive, issue du regard. La façon qu’a l’artiste de modeler en mouvement génère une irrégularité « imprévisible et suggestive » de signes.

À partir des formes abstraites et des couleurs, son trait signifiant et informel se propose de construire un discours philologique et linguistique dans lequel chaque forme simple «iconographique», «objective», «inconsciente» et «configurative», en arrive à s’anéantir pour démolir l’héritage de la peinture propre à l’expressionnisme américain.

Dans sa recherche de moyens expressifs, comme l’acrylique répandu sur la surface plane de la toile, les processus à l’œuvre induits par la main de Silvère Jarrosson servent à proposer une variation formelle et personnelle en mesure de détruire les lois de la « nature », la rotation des étoiles et la formation du lit des fleuves, les planètes, l’érosion des montagnes, les ondes qui éclatent, la respiration et le vent, la croissance des cellules vivantes, etc. La méthode jarrossonnienne, proche de l’action painting, se veut un hommage au précipice du mouvement spontané et à tout ce qui en dérive.

La peinture acrylique employée par l’artiste est fortement implosive et sert à construire et déconstruire le monde. Tous sont invités à se reconnaître et à se perdre dans son travail, à travers les gens qui les entourent.

En tant qu’ex danseur, l’artiste est convaincu que l’intérêt du mouvement dansé réside dans son expressivité, et en particulier dans les subtiles nuances « abstraites » qui servent à faire vivre ses personnages et objets à l’intérieur d’un champ visuel (la toile). Son travail explore les mouvements potentiellement expressifs formés par des alliances de couleurs proches, des courbes, des inflexions, créant des passerelles entre les formes ‘hard’ et ‘soft’ générées par la couleur. Les mouvements de l’âme semblent être le vrai thème de sa création, dans la mesure où ceux-ci s’inspirent des rythmes vitaux de la société actuelle. Enfin, je souhaiterais définir la peinture de Silvère Jarrosson comme une ‘géographie galiléenne’, voulant signifier par là les possibilités infinies de ce mouvement qui tourne autour de la Terre. Son action de peintre, outre qu’elle est un jeu intéressant de solutions chorégraphiques et dynamiques semble incorporer les théories esthétiques exprimées par Michel Fokine, au regard de la possibilité de « capter une quatrième dimension » (l’image), à condition que celle-ci ne soit pas ‘d’objet.’

Gabriele Romeo (critique et historien d’art, dans  Expoart Magazine numéro 22, février 2014, page 21)